Les Roquevillard by Henry Bordeaux
Les Roquevillard by Henry Bordeaux
Du sommet du coteau, la voix de M. Fran?ois Roquevillard descendit vers les vendangeuses qui, le long des vignes en pente, allégeaient les ceps de leurs grappes noires.
-Le soir tombe. Allons! un dernier coup de collier.
C'était une voix bienveillante, mais de commandement. Elle communiqua de l'agilité à tous les doigts, et courba les épaules des ouvrières qui flanaient. Avec bonne humeur, le ma?tre ajouta:
-Le matin, elles sont plus légères que des alouettes, et l'après- midi, elles bavardent comme des pies.
Cette réflexion provoqua des rires unanimes:
-Oui, monsieur l'avocat.
On n'appelait jamais autrement le ma?tre de la Vigie. La Vigie est un beau domaine, bois, champs et vignes, d'un seul tenant, situé à l'extrémité de la commune de Cognin, à trois ou quatre kilomètres de Chambéry. On y accède en suivant un chemin rural et en traversant un vieux pont jeté sur l'Hyère aux eaux basses. Il domine la route de Lyon qui, jadis, reliait la Savoie à la France à travers les roches taillées des échelles. Son nom lui vient d'une tour qui couronnait le mamelon et dont il ne reste plus aucun vestige. Il appartient depuis plusieurs siècles à la famille Roquevillard qui l'a agrandi peu à peu, ainsi qu'en témoignent la maison de campagne et les communs batis de pièces et de morceaux, ensemble d'une harmonie contestable, mais expressif comme un visage de vieillard, où toute une vie se résume. Ici, c'est le passé d'une forte race fidèle à la terre natale. Les Roquevillard sont, de père en fils, gens de loi. Ils ont donné des batonniers au barreau, des juges, des présidents à l'ancien Sénat provincial, et à la nouvelle Cour d'appel un conseiller qui, pour mourir chez lui, refusa tout avancement. Néanmoins, le pays persiste à les traiter indifféremment d'avocats, et sans doute il donne à ce titre un sens de protection. Près de quarante ans d'exercice, une connaissance précise du droit, une parole ardente et vigoureuse méritaient plus spécialement cette popularité au propriétaire actuel.
Les alignements réguliers du vignoble permettaient de surveiller aisément la récolte. Déjà les teintes des feuilles accusaient octobre, et sur les coteaux, la terre plus lumineuse s'opposait au ciel plus pale. Les divers plans se distinguaient mieux aux colorations: la Mondeuse vert et or, le Grand Noir et la Douce Noire vert et pourpre. Entre les branches claires, les taches sombres des raisins sollicitaient le regard. Le couteau ouvert et la main sanglante, pareilles à de prompts sacrificateurs, les vendangeuses, se hatant, poursuivaient les grappes comme des victimes offertes, les tranchaient d'un coup net et les jetaient au panier. Elles relevaient uniformément leur jupe en l'attachant en arrière afin d'être plus libres de leurs mouvements sur le sol gras, et portaient un mouchoir ou un fichu bariolé noué autour de la tête pour se garantir des rayons du jour. De temps en temps, l'une d'elles, redressée, émergeait de la mer des ceps, comme un lavaret qui vient respirer à la surface, puis replongeait aussit?t. Il y en avait de vieilles, noueuses et ridées, lentes et le corps rétif, mais capables d'endurance et l'oeil aux aguets, car, n'étant plus guère employées, elles luttaient pour conserver leurs derniers clients. Des jeunes filles de vingt ans, plus adroites et lestes, exposaient sans crainte leur visage et leurs avant-bras découverts à l'action du hale qui garde à la chair les caresses du soleil, et des fillettes inachevées encore, moins résistantes, changeaient de place, troublaient l'ordre ou s'asseyaient tout bonnement avec une gaieté de pensionnaires en vacances et la flexible souplesse des sarments que leurs mains ployaient. Enfin de petits enfants, confiés par leurs mères qui en débarrassaient le logis, vendangeaient pour leur compte en se bousculant et se barbouillant lèvres et joues à la fa?on de précoces bacchantes.
Sur le chemin à mi-c?té qui partage le domaine et en assure l'exploitation, le chariot, attelé de deux boeufs roux aux cornes redressées en forme de lyre, attendait patiemment l'heure de gagner le pressoir. Les vignerons le chargeaient avec gravité. On ne les entendait pas rire comme les filles, mais seulement échanger de brèves indications. Les moins agés portaient des bérets blancs et des bandes molletières, ce qui leur dégageait la tournure, à la mode des chasseurs alpins qui, par esprit d'imitations, se répand chez les jeunes gens de la campagne savoisienne. Ils passaient un baton de bois dur dans les anses de la gerle remplie jusqu'aux bords, la soulevaient sur l'épaule et, imprimant à leur fardeau un léger mouvement de bascule, ils le déposaient sur le train du char. Un vieux à la barbe grise qui, debout sur le véhicule, les dirigeait, achevait d'écraser le raisin dans les gerles déjà chargées. Parfois, il se redressait de toute sa taille, les mains rougies et dégo?tantes du sang des vignes.
En face de la Vigie, l'ombre du soir envahissait les coteaux de Vimines et de Saint-Sulpice, rapprochés de la cha?ne de Lépine qui re?oit les soleils couchants, et, plus bas, le val sinueux de Saint-Thibaud-de-Coux et des échelles. Mais la lumière inondait le vignoble de pourpre et d'or. Elle découvrait les vendangeuses dans leurs lignes, les nimbait malgré leurs foulards, se jouait sur les cornes des boeufs, embrasait la barbe grise et la face rouge du chef de culture sur le chariot, éclairait, sous les rebords du chapeau, le visage énergique de M. Roquevillard, et, plus haut encore, miroitait sur le clocher arrogant de Montagnole, pour se poser enfin audacieusement, comme une couronne, sur le rocher légendaire du mont Granier.
Se groupant autour de quelques ceps épargnés,les ouvrières cueillaient les derniers raisins. Une gerle encore fut hissée et du haut du char le vieux Jérémie lan?a triomphalement:
-?a y est, monsieur l'avocat.
-Combien de chariots? interrogea le ma?tre.
-Douze.
-C'est une belle année.
Il ajouta, comme les boeufs se mettaient en marche, suivis de toute la bande des vignerons:
-Maintenant, à mon tour. Par ici le rassemblement.
Panier au bras, couteau ou serpe en main, les ouvrières gagnèrent le sommet du coteau et entourèrent M. Roquevillard. Il planta sa canne ferrée en terre, et sortit de sa poche un petit sac d'où il tira de la monnaie de cuivre et des pièces d'argent. Aussit?t, les plus bavardes se turent. Ce fut un instant solennel, celui de la paye. Derrière l'assemblée, des vitres ou des toits d'ardoise renvoyaient comme des miroirs l'éclat du soleil.
Avec une amicale familiarité, il appelait chacune par son nom, et même il les tutoyait, car, les plus agées, il les avait toujours vues, et les autres, il les avait connues petites. Elles touchaient le prix de leur journée avec un mot aimable en supplément, et répondaient à tour de r?le:
-Merci, monsieur l'avocat.
L'une ou l'autre, qui s'était montrée paresseuse, recevait un blame qui, prononcé d'un ton plaisant, l'atteignait néanmoins, car le ma?tre avait l'oeil ouvert. Les enfants qui s'étaient payés en nature obtenaient de lui quelques sous, car il les aimait.
-Que celles qui ont leur compte passent à gauche, dit-il au milieu de son opération, afin que je ne recommence pas indéfiniment.
-Cela ne ferait pas de mal, répliqua une belle fille de dix-huit ou vingt ans.
Celle-ci ne portait pas de fichu sur la tête, comme pour mieux braver le jour avec sa jeunesse. Les cheveux un peu défaits lui tombaient sur le front. Elle avait la bouche très grande et une expression commune, mais un air de santé, des yeux vifs et surtout un teint doré comme ces graines gonflées de raisin blanc que la chaleur a roussies et qui semblent contenir de l'élixir de soleil. M. Roquevillard la dévisagea:
-Comme tu as vite poussé, Catherine! Quand te marie-t-on?
Prise publiquement au sérieux, elle rougit de plaisir:
-Faudra voir.
-Eh! tu n'es pas désagréable à regarder, Catherine.
Et à la pièce qu'il lui donnait, il joignit ce conseil qu'il formula gravement:
-Sois bien sage, petite: vertu passe beauté.
Elle le promit sans retard.
-Oui, monsieur l'avocat.
à la fin du défilé, le ma?tre inspecta sa troupe et demanda:
-Tout le monde est content?
Vingt voix joyeuses répondirent en remerciant.
Mais un enfant désigna du doigt une vieille femme qui se tenait à l'écart, honteuse et la mine déconfite:
-La Fauchois.
Son mot se perdit et personne n'intervint, comme si elle ne méritait aucun salaire.
-Alors, bonsoir, reprit la voix bien timbrée de M. Roquevillard.
Vous arriverez de jour à Saint-Cassin et à Vimines.
-Bonsoir, monsieur l'avocat.
Immobile à son poste d'observation, il vit les silhouettes des vendangeuses se découper en noir sur le couchant, décro?tre et dispara?tre. D'en bas, leurs voix montaient. Elles s'étaient séparées en deux groupes, celles de Vimines et celles de Saint- Cassin. Ces dernières, qui avaient pris à gauche, se mirent à chanter un choeur rustique au finale tra?nant. Déjà le soleil effleurait la montagne.
à c?té du ma?tre, la Fauchois ne bougeait pas, ne réclamait rien.
-Pierrette, dit brusquement M. Roquevillard.
Elle tendit en avant sa figure qui était moins vieillie que douloureuse et crevassée.
-Monsieur Fran?ois, murmura-t-elle.
-Voilà cent sous. Va manger la soupe à la maison.
-C'est trois journées, dit la pauvresse qui regardait l'écu tout blanc dans sa main racornie, je n'ai droit qu'à une.
-Prends toujours. Et ta fille?
-Elle est partie pour Lyon.
-Travaille-t-elle?
La vieille femme laissa tomber ses deux bras le long du corps, et ne répondit pas.
-Il faut qu'elle travaille.
-Depuis la condamnation, elle ne trouve plus à se placer. Une voleuse!
L'avocat plaida les circonstances atténuantes:
-Elle a volé par étourderie, par coquetterie, par vanité. Elle n'est pas mauvaise. à son age, on se corrige. De quoi vit-elle?
-Et de quoi voulez-vous qu'elle vive? Des hommes, pardi.
-Comment le sais-tu?
-Les premiers temps, j'avais envoyé un mandat, un petit, pour l'aider. Elle me l'a renvoyé avec un autre, un gros, que j'ai br?lé.
-Que tu as br?lé?
-Oui, monsieur Fran?ois, l'argent de la honte.
Et la colère redressa brusquement la paysanne qui apparut en pleine lumière, mena?ante et la main tendue, comme pour accuser le destin:
-Je ne sais pas comment je l'ai faite. Dans notre famille, il n'y avait que des braves gens. Maintenant j'ai vergogne.
-Ce n'est pas ta faute, Pierrette.
Elle secoua la tête avec certitude:
-C'est toujours la faute de la famille, vous le savez bien. C'est vous qui l'avez dit.
-Moi?
-Oui, devant moi, à Julienne, avant la condamnation. Elle m'inquiétait déjà. Alors, je vous l'avais amenée un jour.
-Je me souviens. Et que lui ai-je dit?
-Que lorsqu'on avait la chance d'appartenir à une famille honnête, il fallait se respecter davantage. Parce que dans les familles, on met tout en commun, la terre et les dettes, la bonne conduite et la mauvaise.
-Personne ne peut te jeter la pierre.
-On me la jette quand même. On a raison. Par bonheur, j'ai perdu mon homme avant.
-Il t'aurait défendue.
-Il l'aurait tuée.
-Et toi, tu l'aimes toujours?
-C'est mon enfant.
-Allons, Pierrette, ne te décourage pas. Tant qu'on n'est pas mort, il n'y a rien de perdu.
Rentre à la maison; moi, je vais au pressoir vérifier les cuves.
-Merci, monsieur Fran?ois.
De tout temps, elle avait, à la Vigie, collaboré aux lessives, aux vendanges et même par intérim à la cuisine: de là son usage des prénoms.
M. Roquevillard, quand elle fut partie, ne se pressa pas de la suivre. D'un coup d'oeil amoureux il embrassa tout le domaine qui s'étendait à ses pieds: les vignes dépouillées dont il retrouverait au vin joyeux les tons de pourpre ou d'or, les prés deux fois dévêtus, les vergers, et, par delà le petit ruisseau anonyme qui sépare les communes de Cognin et de Saint-Cassin, le bois de chênes, de hêtres et de fayards nuancé par l'automne comme un bouquet pale. Sur cette terre aux cultures diverses, il ne lisait pas à cette heure l'histoire des saisons, mais celle de sa famille. Tel a?eul avait acheté ce champ, tel autre planté ce vignoble, et lui-même n'avait-il pas franchi la frontière de la commune pour acquérir ces arbres trop serrés qui réclamaient une coupe? Se retournant vers les batiments de ferme, il reconnut la baraque primitive, changée en remise, que les premiers Roquevillard, des paysans, avaient construite, et il la compara à sa maison d'habitation solide et vaste, que décorait une éclatante vigne vierge. C'était, sur les mêmes lieux, la même race, mais fortifiée matériellement et moralement par un passé d'honneur, de travail et d'économie. Il lui fit hommage de son mérite en répétant la parole de la Fauchois:
-C'est toujours la faute de la famille.
La sienne avait, en outre, fourni au pays des hommes capables de servir utilement la chose publique, comme ils avaient administré leurs propres biens. Ainsi les générations se soutenaient les unes les autres pour prospérité commune. Les plus lointains a?eux n'avaient-ils pas préparé son oeuvre? Cette terre qu'il foulait, ils l'avaient convoitée avant lui. Cet horizon les avait, avant lui, captives et exaltés. Et, non sans peine, il détacha les yeux de son domaine pour revoir ce qu'ils avaient vu, l'ensemble de lignes et de teintes que lui offrait le paysage, et dont leur sensibilité, comme la sienne, dépendait. Car les cultures peuvent modifier la forme immédiate du sol, l'homme ne change rien à la lumière ni à l'étendue: il y ajoute seulement quelques points de repère émouvants, un toit qui fume et évoque la douceur du foyer, un chemin, une haie qui font souvenir de la vie sociale, un clocher qui symbolise la prière.
Seul sur la colline, il ajouta à la beauté du soir la satisfaction de communier avec sa race. Il sentit jusque dans un passé obscur l'importance de ce coin de terre. En face de lui, la cha?ne de Lépine, rompue dans sa monotonie par la cime du Signal, se bordait de rouge. Son regard descendit dans la plaine, suivit un instant la fuite gracieuse de la route des échelles, à qui les derniers contreforts des montagnes semblent composer de chaque c?té une escorte, puis remonta aux dentelures du Corbelet, de Joigny et du Granier, pour revenir aux coteaux plus proches, aux vallonnements étagés dont les courbes sont plus harmonieuses. Dans cette nature heurtée, tour à tour image de hardiesse et de mollesse, il retrouvait des caractères de parenté: l'audace de son grand-père qui, sous la Révolution, fut aux armées, la nonchalance de son père qui, se laissant glisser dans la contemplation, compromit, sans y prendre garde, le patrimoine sacré.
"Personne, songeait-il, ne peut de cette place envisager de la sorte le spectacle du couchant. Un jour, quand je ne serai plus, l'un de mes enfants reprendra ces comparaisons. Mes enfants, qui continueront notre oeuvre, et seront gens de bien."
Du passé qui aboutissait à lui-même, il envisageait l'avenir avec sécurité. Absorbé dans ses réflexions, il ne vit pas venir à lui une femme qui sortait de la maison. C'était une femme déjà agée, qui portait sur les épaules un chale sombre et s'appuyait sur une canne avec un grand air de lassitude, d'épuisement. Son visage, qui recevait le reflet du soir, avait d? être beau. Les années l'avaient flétri sans lui ?ter une expression de pureté qui surprenait tout d'abord, puis attirait. C'était l'empreinte visible d'une ame droite, exempte de tout mal et même un peu mystique.
-Ils ne viennent pas encore? demanda Mme Roquevillard à son mari.
-Si, Valentine, les voilà.
Tous deux s'entendaient pour parler de leurs enfants. Il lui montra au bras de la rampe, sur le chemin montant, un groupe nombreux. En tête marchaient deux bébés que leur grand'mère reconnut:
-Pierre et Adrienne. Ils prennent le raccourci. Je ne vois pas le petit Julien.
-Il doit tenir la main de sa tante Marguerite. Il ne la quitte pas.
-En effet. Je l'aper?ois entre Marguerite et son fiancé. Il les sépare, le méchant gar?on. Et sa mère, où est-elle?
-Elle vient derrière eux, tranquillement selon son habitude, avec son frère Hubert.
-Notre fils a?né. Distingues-tu sa décoration?
M. Roquevillard sourit en regardant sa compagne.
-Comment veux-tu, à cette distance?
Elle prit le parti de rire à son tour, gracieusement.
-Il y a un grand ruban rouge sur la montagne.
-Et tu lis dans le ciel: Hubert Roquevillard, vingt-huit ans, lieutenant d'infanterie de marine, décoré pour faits de guerre, proposé pour le grade supérieur, campagne de Chine, défense du Pe?-tang.
-Mais oui, approuva-t-elle, je le lis très distinctement.
Elle interrogea de nouveau le chemin:
-Et Maurice? je ne vois pas Maurice.
-Il est en arrière, je crois, avec une autre personne.
Mme Roquevillard, satisfaite, posa une main sur l'épaule de son mari:
-Ce sera notre gendre, Charles Marcellaz. Notre compte y est. Je les compte toujours, comme lorsqu'ils étaient petits: Germaine, Hubert, Maurice, Marguerite.
-Et Félicie manque toujours à l'appel, répondit-il.
Une ombre obscurcit ses traits: il ne s'accoutumait point à l'absence de sa seconde fille, qui, petite soeur des pauvres, avait traversé les mers pour s'en aller à l'h?pital d'Hano?.
Elle s'appuya plus fort sur lui:
-Mais non, Fran?ois, elle n'est pas loin de nous. Sa pensée est avec nous: je le sais, je le sens. Hubert, qui l'a vue à son retour de Chine, l'a trouvée heureuse. Et puis, un jour nous serons tous réunis.
Il ne voulut pas s'attendrir et reprit son dénombrement.
-Ce n'est pas Charles qui vient avec Maurice. C'est une femme.
Ils ont laissé le raccourci, ils allongent.
-C'est peut-être Mme Frasne. Vois-tu son mari?
-Oui, c'est elle. Mais je n'aper?ois pas le notaire.
-Il montera plus tard avec Charles. Leurs études les retiennent jusqu'à six heures.
-Les Frasne d?nent ici ce soir, n'est-ce pas?
Elle parut s'en excuser comme d'une faute.
-Oui, Maurice, qui est souvent prié chez eux, m'a demandé de les inviter.
Ils gardèrent un instant le silence, ayant le même souci.
-Je n'aime pas cette femme, finit-elle par dire.
Surpris, non pas de la réflexion, mais de l'entendre formuler par sa compagne qui était d'habitude l'indulgence même, il l'interrogea au lieu de l'approuver.
-Et pourquoi?
Mme Roquevillard fixa ses yeux limpides sur le ciel couchant:
-Je ne sais pas. On ignore d'où elle vient, on tremble de conna?tre jusqu'où elle irait. Elle n'est pas belle, et rien qu'en la voyant les mères s'inquiètent de leur fils et les femmes de leurs maris.
-Quelle pitié! dit-il. Qui t'en a parlé?
-Personne. Ce que je sais, je le devine. Ceux qui prient beaucoup ne sont pas les plus mal renseignés. Elle a des yeux étranges, sombres avec un grand feu. Elle me fait peur.
-Ah!... Eh bien! on parle en ville d'elle et de notre fils.
-Il faut avertir Maurice. Il faut l'avertir sans retard.
M. Roquevillard reprit:
-Quelquefois c'est décider une passion que la combattre. Tu l'as bien compris: tu as consenti à inviter les Frasne. Puis, les jeunes gens supportent mal cette ingérence dans leur vie. Maurice, surtout, qui est très fier. Il n'a pas encore vingt-quatre ans, il est docteur en droit, il n'a confiance qu'en lui-même. Il soutient d'absurdes théories sur le droit au bonheur, sur la nécessité du développement personnel. Paris nous les rend affinés, mais révoltés. Il faut l'expérience pour les assagir.
-Tu t'en préoccupais donc? Et tu ne m'en avais rien dit.
-à quoi bon t'attrister? Tu es déjà si lasse.
-Oui, je devrais être forte. Une mère doit être forte. Mais tu l'es pour nous deux.
Il continua:
-Nous avons eu tort de le placer dans l'étude de ma?tre Frasne. Je le voulais mettre au courant de la pratique des affaires, spécialement des successions et des liquidations, avant qu'il ne débutat au barreau. Ma?tre Frasne est le successeur de ma?tre Clairval qui était mon ami et notre notaire. J'ai respecté une tradition. Là, je me suis trompé. Enfin, tout sera changé bient?t.
-Bient?t?
-Oui. Je reprendrai Maurice dans mon cabinet; il y terminera son stage. Ou bien il apprendra la procédure chez Marcellaz. Dès notre réinstallation à la ville, je l'en informerai.
-Bien, dit-elle en lui serrant la main. Il aura moins souvent l'occasion de la rencontrer. Mais ce n'est pas suffisant. Tu le trouves raisonneur; moi, je le crois surtout un peu romanesque. Je voudrais occuper son imagination.
-Et comment?
-Le fiancer de bonne heure, par exemple. Les longues fian?ailles occupent et fortifient les jeunes gens. En France, on bacle trop vite les mariages, quand un mariage dispose d'une vie, d'une famille, d'un avenir.
-C'est vrai.
-Marguerite avait pensé à la petite Jeanne Sassenay.
-Une enfant.
-Une enfant jolie, élevée par une sainte mère.
Ces dernières paroles furent coupées par de petites voix per?antes qui piaillaient:
-Bonsoir, grand'mère. Bonsoir, grand'père.
C'était l'avant-garde, Pierre et Adrienne, essoufflés à la course, qui, après le tournant, débouchaient sur le plateau. Ils luttèrent de vitesse malgré les: "Pas si vite! Pas si vite! "de Mme Roquevillard, et leur grand-père les re?ut à la volée.
-Tu sais, fit Adrienne qui avait la parole facile et tutoyait tout le monde sans respect, Julien est resté avec tante Marguerite, et maman lui avait recommandé de venir avec nous.
à mi-c?te, le groupe des jeunes gens qui montaient cria à son tour:
-Bonsoir.
Seuls, Maurice et Mme Frasne se trouvaient trop éloignés pour prendre part à ces épanchements de famille. De connivence, ils ralentissaient le pas à mesure qu'ils approchaient du sommet, et d'ailleurs, en suivant le lacet du chemin, ils s'étaient ménagé un écart assez considérable, bien que Marguerite se f?t retournée plusieurs fois pour les appeler. La proximité de la pente supprimant en face d'eux la montagne, ils apercevaient les silhouettes de M. et Mme Roquevillard profilées sur le fond du ciel. Elle jeta sur son compagnon, que leur tête-à-tête alanguissait, un regard énigmatique.
-Votre père, dit-elle, a d? être plus beau que vous.
Et tout bas, comme pour elle-même, elle ajouta:
-Il sait ce qu'il veut, lui.
contrarié, le jeune homme garda le silence. Elle sourit de l'avoir faché et demanda:
-Quel age a-t-il, votre père.
-Soixante ans, je crois.
-Soixante ans. Il me déteste. S'il le pouvait, il me supprimerait volontiers.
-Vous vous trompez: il vous accueille toujours bien.
-Ces choses-là se sentent. Il me déteste, et pourtant il me pla?t. J'aime les caractères, moi.
Avant d'atteindre le fa?te du coteau, le chemin tourne et découvre une nouvelle vue encadrée entre le remblai de droite et les arbrisseaux qui bordent la gauche et qui, décolorés à demi, mélangeaient le vert du printemps et l'or automnal. Avec les lignes régulières de son architecture en gradins, le Nivolet leur apparut brusquement, réverbérant encore l'éclat du soleil disparu. Les maigres buissons qui agrippent ses rochers prenaient une teinte violette, presque lie de vin, tandis que la cha?ne de Margeria, en arrière, se montrait toute rose et charmante avec des tons de chair.
-Voyez ce changement de décor, murmura Maurice sans remarquer que sa compagne se rendait compte de leur solitude bien plut?t que des merveilles du soir.
Comme elle s'arrêtait, il se tourna vers elle:
-Qu'avez-vous? êtes-vous fatiguée?
-Non, je vous donne le temps de regarder le paysage.
-Seriez-vous jalouse?
-Oui, vous aimez votre pays, et moi...
-Et vous?
-Je ne vous le dirai plus...
-Et moi, je vous dirai que je vous aime.
Il la prit dans ses bras. C'était une mince femme brune, aux grands yeux, dont le corps était résistant et les caresses fondantes. Comme elle renversait un peu la tête, sous les paupières à demi fermées et palpitantes, il voyait le regard, le regard noir et or, où toute l'angoissante volupté de la saison et de l'heure se fixait.
-Quelle petite chose, songeait-il en la serrant, je sens là contre ma poitrine, et cette petite chose vaut pour moi l'univers.
Il murmura:
-Je t'aime, édith.
-Vraiment, fit-elle, avec son même sourire volontaire.
-Quand seras-tu à moi?
-Quand je ne serai qu'à toi?
-C'est impossible.
-Pourquoi?
-Tu es liée.
-Partons ensemble.
-De quoi vivrions-nous?
-De ma dot.
-Je ne veux pas. Et d'ailleurs tu n'en disposes pas.
-Je la reprendrai.
-Non, non.
-Tu travailleras.
Il se tut. Presque irritée, elle lui jeta des mots d'ironie:
-Ah! tu préfères obéir à ton papa. Sois comme lui un grand homme de petite ville avec beaucoup d'enfants.
Elle lui vit une telle expression de tristesse qu'elle se blottit sur son coeur.
-Je t'aime et je te tourmente. Mais, vois-tu, j'étouffe dans ton Chambéry. Je voudrais partir, t'aimer librement, vivre. J'ai horreur du mensonge. Et toi, tu ne m'aimes pas.
-édith, comment peux-tu le dire?
-Non, tu ne m'aimes pas. Si tu m'aimais vraiment, il y a longtemps que je serais à toi.
Alourdis par ces confidences, ils reprirent lentement leur marche. Débarrassé de son cadre, l'horizon s'élargit et découvrit au fond, après les derniers contreforts du Nivolet, le lac du Bourget dont le bleu se mêlait par teintes dégradées aux vapeurs mauves qui montaient de son extrémité. Mais ils ne regardaient plus rien. Cette douceur mortelle de l'année, cette exaltation inquiète de la nature, cet enthousiasme du soir d'automne qui semblait un grand cri de volupté, qu'avaient-ils besoin de les reconna?tre hors de leurs coeurs?
Avant la maison, ils trouvèrent Mme Roquevillard qui venait elle- même à la rencontre de Mme Frasne, bien qu'il lui f?t recommandé de ne pas sortir après le coucher du soleil.
...Plus tard dans la soirée, M. Roquevillard, revenant du pressoir quand on ne l'attendait pas, aper?ut dans l'ombre son fils et la jeune femme. Les jours de vendanges, il y a beaucoup d'allées et venues dans une maison, et il est aisé de se faufiler dehors sans être remarqué.
-Il nous a vus, dit Maurice.
-Tant mieux, répliqua-t-elle.
Et comme il passait devant la remise, ancienne demeure de ses ancêtres, pour regagner le seuil édifié par son grand-père et agrandi par lui-même, M. Roquevillard s'effor?ait vainement de chasser l'anxiété qui s'était abattue sur lui.
"J'ai été jeune", se souvint-il.
Mais sa jeunesse même ne l'avait pas détourné de consolider l'avenir de sa race. Son fils cadet, qui le devait continuer, saurait-il à temps ce que réclame d'énergie et d'abnégation l'honneur d'être chef de famille? Peu impressionnable d'habitude, il sentait autour de lui, comme un vol de mauvais oiseaux, le désespoir de la Fauchois abandonnée et la fragilité de l'automne. Tout à l'heure, devant son domaine, il avait résumé l'ascension des Roquevillard. C'était son orgueil. Et voici que pour une conversation avec une vieille femme et pour un baiser surpris, il remarquait, par un pressentiment sans doute absurde et inexplicable, comment les saisons déclinent et les familles déchoient.
A riveting account of the French pilot and World War I hero, Georges Guynemer.
A riveting account of the French pilot and World War I hero, Georges Guynemer.
Arabella, a state-trained prodigy, won freedom after seven brutal years. Back home, she found her aunt basking in her late parents' mansion while her twin sister scrounged for scraps. Fury ignited her genius. She gutted the aunt's business overnight and enrolled in her sister's school, crushing the bullies. When cynics sneered at her "plain background," a prestigious family claimed her and the national lab hailed her. Reporters swarmed, influencers swooned, and jealous rivals watched their fortunes crumble. Even Asher-the rumored ruthless magnate-softened, murmuring, "Fixed your mess-now be mine."
I had just survived a private jet crash, my body a map of violet bruises and my lungs still burning from the smoke. I woke up in a sterile hospital room, gasping for my husband's name, only to realize I was completely alone. While I was bleeding in a ditch, my husband, Adam, was on the news smiling at a ribbon-cutting ceremony. When I tracked him down at the hospital's VIP wing, I didn't find a grieving husband. I found him tenderly cradling his ex-girlfriend, Casie, in his arms, his face lit with a protective warmth he had never shown me as he carried her into the maternity ward. The betrayal went deeper than I could have imagined. Adam admitted the affair started on our third anniversary-the night he claimed he was stuck in London for a merger. Back at the manor, his mother had already filled our planned nursery with pink boutique bags for Casie's "little princess." When I demanded a divorce, Adam didn't flinch. He sneered that I was "gutter trash" from a foster home and that I'd be begging on the streets within a week. To trap me, he froze my bank accounts, cancelled my flight, and even called the police to report me for "theft" of company property. I realized then that I wasn't his partner; I was a charity case he had plucked from obscurity to manage his life. To the Hortons, I was just a servant who happened to sleep in the master bedroom, a "resilient" woman meant to endure his abuse in silence while the whole world laughed at the joke that was my marriage. Adam thought stripping me of his money would make me crawl back to him. He was wrong. I walked into his executive suite during his biggest deal of the year and poured a mug of sludge over his original ten-million-dollar contracts. Then, right in front of his board and his mistress, I stripped off every designer thread he had ever paid for until I was standing in nothing but my own silk camisole. "You can keep the clothes, Adam. They're as hollow as you are." I grabbed my passport, turned my back on his billions, and walked out of that glass tower barefoot, bleeding, and finally free.
Elliana, the unfavored "ugly duckling" of her family, was humiliated by her stepsister, Paige, who everyone admired. Paige, engaged to the CEO Cole, was the perfect woman-until Cole married Elliana on the day of the wedding. Shocked, everyone wondered why he chose the "ugly" woman. As they waited for her to be cast aside, Elliana stunned everyone by revealing her true identity: a miracle healer, financial mogul, appraisal prodigy, and AI genius. When her mistreatment became known, Cole revealed Elliana's stunning, makeup-free photo, sending shockwaves through the media. "My wife doesn't need anyone's approval."
Vesper's marriage to Julian Sterling was a gilded cage. One morning, she woke naked beside Damon Sterling, Julian's terrifying brother, then found a text: Julian's mistress was pregnant. Her world shattered, but the real nightmare had just begun. Julian's abuse escalated, gaslighting Vesper, funding his secret life. Damon, a germaphobic billionaire, became her unsettling anchor amidst his chaos. As "Iris," Vesper exposed Julian's mistress, Serena Sharp, sparking brutal war: poisoned drinks, a broken leg, and the horrifying truth-Julian murdered her parents, trapping Vesper in marriage. The man she married was a killer. Broken and betrayed, Vesper was caught between monstrous brothers, burning with injustice. Refusing victimhood, Vesper reclaimed her identity. Fueled by vengeance, she allied with Damon, who vowed to burn his empire for her. Julian faced justice, but matriarch Eleanor's counterattack forced Vesper's choice as a hitman aimed for her.
For three years, Cathryn and her husband Liam lived in a sexless marriage. She believed Liam buried himself in work for their future. But on the day her mother died, she learned the truth: he had been cheating with her stepsister since their wedding night. She dropped every hope and filed for divorce. Sneers followed-she'd crawl back, they said. Instead, they saw Liam on his knees in the rain. When a reporter asked about a reunion, she shrugged. "He has no self-respect, just clings to people who don't love him." A powerful tycoon wrapped an arm around her. "Anyone coveting my wife answers to me."
I woke up in a blindingly white hotel penthouse with a throbbing headache and the taste of betrayal in my mouth. The last thing I remembered was my stepsister, Cathie, handing me a flute of champagne at the charity gala with a smile that didn't reach her eyes. Now, a tall, dangerously handsome man walked out of the bathroom with a towel around his hips. On the nightstand sat a stack of hundred-dollar bills. My stepmother had finally done it—she drugged me and staged a scandal with a hired escort to destroy my reputation and my future. "Aisha! Is it true you spent the night with a gigolo?" The shouts of a dozen reporters echoed through the heavy oak door as camera flashes exploded through the peephole. My phone lit up with messages showing my bank accounts were already frozen. My father was invoking the 'morality clause' in my mother’s trust fund, and my fiancé had already released a statement dumping me to marry my stepsister instead. I was trapped, penniless, and being hunted by the press for a scandal I hadn't even participated in. My own family had sold me out for a payday, and the man standing in front of me was the only witness who could prove I was innocent—or finish me off for good. I didn't have time to cry. According to the fine print of the trust, I had thirty days to prove my "rehabilitation" through a legal marriage or I would lose everything. I tracked the man down to a coffee shop the next morning, watching him take a thick envelope of cash from a wealthy older woman. I sat across from him and slid a napkin with a $50,000 figure written on it. "I need a husband. Legal, paper-signed, and convincing." He looked at the number, then at me, a slow, crooked smile spreading across his face. I thought I was hiring a desperate gigolo to save my inheritance. I had no idea I was actually proposing to Dominic Fields, the reclusive billionaire shark who was currently planning a hostile takeover of my father’s entire empire.
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